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12/10/2026

Les symboles de la féminité, quand la maladie rebat les cartes

La féminité est définie généralement comme “l’ensemble des caractères morphologiques, psychologiques et comportementaux spécifiques, ou considérés comme spécifiques aux femmes.” Cela signifie qu’il y a un grand nombre de définitions plus précises possibles et que les symboles touchent 3 domaines : le physique, le psychologique et le comportemental. 

 

La maladie nous rappelle principalement l’aspect physique. 

Pourquoi ? La maladie nous confronte à la perte de contrôle, ce qui se voit des autres, sur le regard que les autres nous portent. Au-delà du symbole de la féminité se pose le symbole de la maladie. Les symboles physiques absent (cheveux, sein, sourcils…) de la féminité sont également les symboles visibles de la maladie et confronte la personne malade à la réalité de sa situation. 

Au fond, il est reconnu qu’une femme peut être féminine sans poitrine par exemple (ex. Jane Birkin) mais dans le cadre de la maladie il y a la violence de la perte. Cette violence est une effraction psychique manifeste qui touche l’individu mais aussi sa relation aux autres. Un des grands dangers dans ces moments est de relier la perte de la féminité avec une perte d’identité. Ceci est un mécanisme psychologique de surgénéralisation qui va affecter de manière massive l’état thymique, à travers des affects comme la colère et la tristesse.

 

Prenons un peu de recul pour voir la féminité dans son ensemble. 

Les symboles de féminité ont une place importante dans la littérature, que les auteurs soient des femmes comme des hommes. 

Marcel Proust dans A la recherche du temps perdu dit « Ce n'était pas la beauté des formes qui touchait, mais la beauté d'une présence, une sorte de rayonnement intérieur qui transformait l'espace autour d'elle ». 

Virginia Woolf dans Une chambre à soi évoque la féminité dans sa dimension intellectuelle et sa perception fine : « La sensibilité féminine est une force créatrice immense, faite d'une perception aiguë du monde, d'un souci constant de l'humain et d'une capacité à lier les êtres entre eux. Ce qui fait la richesse de la femme, c'est cette aptitude à saisir les nuances légères de la vie, cette force d'esprit qui ne s'impose pas par la domination, mais par la compréhension et la clarté de la vision ». 

Victor Hugo dans Les misérables illustre l’amplitudes des symboles du féminin à travers la bienveillance, la générosité, l’élévation morale : « Il y a dans la femme une puissance d'affection et de dévouement qui surpasse toutes les grandeurs de l'homme. La féminité, ce n'est pas la parure ou le fard ; c'est le rayonnement du coeur, la douceur qui console, la dignité silencieuse devant l'épreuve. Elle apporte dans le monde une lumière d'humanité sans laquelle tout le reste demeure stérile. ». 

Collette, pour sa part, évoque une féminité mûre, une force sans s’asservir dans La naissance du jour : « Regarde cette femme : elle a la patience des arbres, la certitude du jour qui revient. Sa féminité est dans ses mains qui soignent, dans sa voix qui apaise, dans cette manière unique qu'elle a d'habiter le monde sans l'abîmer. Elle possède cette force tranquille d'extraire de chaque chose une forme de bonté et de beauté durable. »

Ces auteurs nous poussent à prendre un recul et à réfléchir sur toutes les 3 dimensions pour finalement découvrir que la maladie n’affecte pas tous les symboles de la féminité mais nécessite une réappropriation de certains dans une dynamique nouvelle que la maladie pousse à envisager, à questionner sur vos valeurs, ce qui nous semble important dans la personne que nous sommes et ce que l’on veut transmettre, partager avec autrui. 

Titre

Les groupes de paroles "Les jeudis de la féminité"

Stéphanie BAILLEUX, Psychologue au CHP de l'Europe organise des groupes de parole pour les femmes atteintes de cancer du sein ou gynécologique.

Lors du 1er groupe de parole, les patientes ont insisté sur la nécessité dans ces moments de maladie de se recentrer sur soi, sur la nécessité de se vivre dans ses besoins, dans un respect de soi. 

La perte des symboles physiques de la féminité a un sens derrière cela qui est souvent peu conscientisé. 

Quel besoin profond est touché ? Quel sens met-on sur ces changements ? 

Les patientes ont pu verbaliser ce qui aide à évoluer dans ces changements corporels : l’acceptation, la recentration sur soi et l’intégration de la notion d’impermanence. 

  • L’acceptation prend place avec le temps mais aussi en développant des capacités d’adaptation, en écoutant ses propres besoins, en se saisissant du miroir positif que l’entourage peut renvoyer.
  • L’intérêt de se recentrer sur soi (sans égocentrisme mais dans une meilleure considération de soi) c’est que cela permet d’avancer plus sereinement et de s’engager dans une démarche progressive choisie et assumée (notamment dans la dimension physique).
  • La notion d’impermanence est importante, durant toute notre vie mais particulièrement dans le cas de la maladie car les changements sont brutaux et imposés par un événement imprévisible. 

Un travail psychologique important est indispensable pour éviter d’être envahi par ses émotions et sentiments.

Au total, si la maladie conduit à une confusion entre féminité et identité, il est important de percevoir que la féminité est une caractéristique que l’on attribue à un groupe et que l’identité est une caractéristique que l’on s’attribue à soi-même. 

Le premier objectif est donc de se porter un regard sur soi-même, sur la féminité appliquée à soi et en parallèle de définir notre identité en se décentrant de la maladie qui en aucun cas ne définit la personne que nous sommes. Le chemin est difficile et nécessite de ne jamais être banalisé.

A toutes les femmes de nos services qui font de ce monde ce qu’il est…

Stéphanie BAILLEUX, Psychologue au CHP de l'Europe.

 

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